La chute du prix de la pomme de terre devient un scandale silencieux. Vous lisez peut‑être ces lignes alors que des centaines de milliers de tubercules restent stockés, menacés de finir à la poubelle. Il est urgent de comprendre pourquoi et ce qui peut être fait.
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Un effondrement des cours qui inquiète
Le cours de la pomme de terre chute. La tonne se négocie désormais autour de 10 euros. Il y a encore quelques mois, le niveau avait déjà touché environ 15 euros la tonne. Ces chiffres concernent le marché dit « libre ». Ils n’incluent pas les contrats annuels qui couvrent l’essentiel des récoltes.
En Belgique, près de 75 à 80 % de la production part sous contrat. Ces contrats vont généralement de septembre à juin. Le reste, soit 20 à 25 %, circule sur le marché libre. C’est ce segment qui subit la volatilité et qui menace aujourd’hui les producteurs.
Pourquoi les prix plongent ?
Plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord la concurrence asiatique. Des importations à bas coût déplacent des volumes et tirent les prix vers le bas. Ensuite, des changements de politiques commerciales à l’étranger, citons les mesures récentes aux États‑Unis, perturbent les flux normaux d’échanges.
Il y a aussi des raisons purement économiques. Les industriels achètent majoritairement sous contrat. Quand la demande des usines ralentit, les volumes libres augmentent. Cela alourdit l’offre sur le marché spot. Enfin, certaines récoltes sont plus abondantes que prévu. L’équilibre entre offre et demande se casse.
800 000 tonnes : un stock à risque
Le chiffre est lourd. On évoque environ 800 000 tonnes de pommes de terre qui restent « au frigo ». Ces tubercules sont entreposés chez des producteurs ou dans des silos. S’ils ne trouvent pas d’acheteur, beaucoup risquent la destruction.
Pour un agriculteur, voir sa récolte invendue, c’est une perte directe de revenus. Pour la filière, c’est une perte d’image et un gâchis alimentaire. La balance économique et écologique penche du mauvais côté.
Solutions possibles pour éviter le gâchis
Il existe des pistes concrètes. Elles demandent coordination et souvent un petit investissement. Voici les principales options.
- Renégocier les contrats : inciter les transformateurs à prendre davantage en amont. Des contrats pluriannuels peuvent stabiliser les revenus.
- Transformer sur place : développer les ateliers de frites, chips et produits surgelés localement. La valeur ajoutée réduit la pression sur le prix brut.
- Stockage amélioré : investir dans des silos à atmosphère contrôlée prolonge la conservation. Cela donne du temps pour trouver des débouchés.
- Diversifier les débouchés : amidon, alimentation animale, bioénergie. Ces filières absorbent des volumes quand le marché alimentaire faiblit.
- Circuits courts et dons : vendre en direct aux consommateurs ou aux associations. Une partie des excédents peut nourrir localement au lieu d’être jetée.
- Coopération : mutualiser le stockage et la commercialisation via des coopératives. La force collective négocie mieux les prix.
Mesures publiques et comportements citoyens
Les pouvoirs publics peuvent aider. Des aides temporaires, des mesures d’achat public ou des programmes d’incitation à la transformation peuvent limiter les pertes. Les régulateurs peuvent aussi encourager des mécanismes de stabilisation des prix.
De votre côté, choisir des produits locaux ou soutenir les marques belges de frites et chips en magasin envoie un signal de marché. Acheter autrement peut aider des milliers de tonnes à trouver preneur.
Ce que vous devez retenir
La chute des cours n’est pas un simple épisode passager. Elle met en danger des stocks considérables et la survie de producteurs. Mais des solutions existent. Elles passent par la transformation, la coopération, de meilleurs contrats et une volonté politique. Si vous tenez à ce que la filière garde la frite, votre geste d’achat compte.


